Aller au contenu
La Bible Éthiopienne

Journal

Où lire le Livre d'Hénoch en français ?

Une traduction française existe depuis 1906 et relève du domaine public. Voici où la trouver, ce qu'elle contient réellement, et les pièges des éditions partielles.

Oui, le Livre d’Hénoch existe en français, et une partie des traductions relève du domaine public — elles sont donc librement accessibles. La traduction française de référence est celle de François Martin, parue à Paris en 1906. Mais toutes les éditions qu’on trouve aujourd’hui ne contiennent pas la même chose, et c’est le point sur lequel il faut être attentif avant d’acheter.

La traduction de référence : François Martin, 1906

Le Livre d’Hénoch traduit sur le texte éthiopien, par François Martin, Paris, Letouzey et Ané, 1906. Trois cent dix-neuf pages : une longue introduction, la traduction intégrale établie sur l’éthiopien, des notes et une bibliographie annotée. Elle paraît dans la collection Documents pour l’étude de la Bible : les apocryphes de l’Ancien Testament.

C’est un travail d’érudit, et cela se sent à chaque page. La langue est celle de l’orientalisme du début du siècle : précise, un peu raide, truffée de renvois. Elle n’a jamais été conçue comme un livre de lecture courante.

Elle est dans le domaine public. On la trouve numérisée sur les bibliothèques en ligne, et c’est le premier endroit où regarder si vous voulez simplement lire le texte sans rien dépenser.

Avant 1906, et après

Avant Martin, l’accès passait par l’anglais ou l’allemand. Richard Laurence publie la première traduction anglaise en 1821, à partir des manuscrits rapportés d’Éthiopie par James Bruce en 1773. R. H. Charles donne en 1913 l’édition des apocryphes et pseudépigraphes qui fera autorité pendant un siècle.

Après Martin, le français n’a pas produit d’équivalent qui l’ait remplacé. Les travaux savants récents sur Hénoch sont en anglais et en allemand pour l’essentiel.

Le vrai piège : ce que contient l’édition

C’est ici qu’il faut ouvrir l’œil, parce que le mot « Hénoch » recouvre plusieurs choses.

1 Hénoch — dit Hénoch éthiopien — compte cent cinq chapitres, répartis en cinq parties traditionnelles :

PartieChapitresSujet
Le Livre des Veilleurs1-36La descente des anges, les géants, le jugement
Le Livre des Paraboles37-71Visions, le Fils de l’homme
Le Livre astronomique72-82Le cours des astres, le calendrier
Le Livre des Songes83-90L’histoire d’Israël en allégorie animale
L’Épître d’Hénoch91-105Exhortations, malédictions, consolations

Beaucoup d’éditions bon marché ne contiennent que la première partie, les trente-six chapitres des Veilleurs — la plus spectaculaire, celle des anges et des géants. Elles sont vendues sous le titre « Le Livre d’Hénoch » sans autre précision. Ce n’est pas malhonnête en soi : ces chapitres sont bien d’Hénoch. Mais vous n’avez qu’un tiers du livre.

Trois vérifications avant d’acheter, quelle que soit l’édition :

  1. Le nombre de chapitres est-il annoncé ? Si ce n’est pas 105, ce n’est pas complet.
  2. Les cinq parties sont-elles nommées ? Une table des matières qui s’arrête au chapitre 36 vous le dit tout de suite.
  3. Sur quelle langue la traduction est-elle établie ? Sur l’éthiopien, ou sur une traduction anglaise intermédiaire ? Les deux existent, et ce n’est pas la même chose.

Et les 2 Hénoch et 3 Hénoch ?

Ce sont des livres différents, pas des suites.

2 Hénoch, dit Hénoch slavon, conservé en vieux slave, raconte l’ascension d’Hénoch à travers sept cieux. 3 Hénoch, dit Hénoch hébreu, est bien plus tardif et relève de la mystique juive : Hénoch y devient l’ange Métatron.

Ni l’un ni l’autre ne fait partie du canon éthiopien. Une édition qui les inclut doit le dire, et les présenter à part — ce sont des textes de comparaison, pas la suite du premier.

Lire d’abord, décider ensuite

Si vous n’avez jamais ouvert le texte, commencez par les chapitres 6 à 11 : la descente des deux cents anges sur l’Hermon, le serment, les géants, et la plainte de la terre. C’est le passage le plus connu, et le plus court à lire.

« Venez, choisissons-nous des femmes parmi les enfants des hommes et engendrons-nous des enfants. »

Et Semjaza, qui était leur chef, leur dit : « Je crains que vous ne consentiez pas à faire cette action, et que je doive seul payer la peine d’un grand péché. »

— Hénoch 6, 2-3

Le chef des anges rebelles a peur d’être le seul à payer. C’est un détail de romancier, pas de théologien — et c’est ce genre de détail qui explique pourquoi ce texte a été lu, cité et commenté pendant des siècles.


Notre édition

La Bible Éthiopienne Complète contient 1 Hénoch dans ses cent cinq chapitres, et ses cinq parties. Il y figure à sa place dans le canon éthiopien, au milieu des quatre-vingt-huit livres, et non comme une curiosité détachée — ce qui est la manière dont l’Église éthiopienne le lit.

Le Volume I tenu en main : six cent quatorze pages

L’édition a été établie à partir de traductions relevant du domaine public, rassemblées, harmonisées et composées en un ensemble unique. Elle n’est pas une traduction liturgique officielle et ne se substitue à aucun texte autorisé.

Toutes les citations de cet article en sont tirées, avec leur référence. Les dix-neuf premiers chapitres sont disponibles en extrait gratuit, dans leur intégralité : de quoi vérifier la traduction avant d’acheter quoi que ce soit.

Voir aussi Qu’est-ce que la Bible éthiopienne ? et Le Livre d’Hénoch est-il interdit ?

Couverture de La Bible Éthiopienne Complète

Ces textes sont réunis, en français, en trois volumes reliés.

88 livres : Ancien et Nouveau Testament, Hénoch intégral, les Jubilés, les Maccabées et les deutérocanoniques. En trois volumes imprimés de 2 082 pages (149 €, livraison comprise), ou en PDF + EPUB (9,99 €).