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La Bible Éthiopienne

Journal

Le Livre d'Hénoch est-il interdit ?

Non. Il n'a jamais été interdit par aucune Église. Il est canonique en Éthiopie, non canonique ailleurs — et la différence entre « non retenu » et « interdit » explique tout le malentendu.

Non. Le Livre d’Hénoch n’a jamais été interdit par aucune Église, et sa lecture n’a jamais été prohibée. Il est pleinement canonique pour l’Église orthodoxe éthiopienne tewahedo, qui le lit comme Écriture depuis l’Antiquité. Il n’a pas été retenu dans les canons catholique, orthodoxes grec et slave, ni protestants. « Non retenu » et « interdit » sont deux choses différentes, et c’est de leur confusion que vit la rumeur.

La question mérite une réponse franche, parce qu’elle est posée sincèrement.

Ce qu’« interdit » voudrait dire, et pourquoi ce n’est pas le cas

Un livre interdit, c’est un livre qu’une autorité défend de lire, de posséder ou de diffuser. Il existe des exemples historiques, et les actes qui les établissent sont documentés.

Rien de tel n’existe pour Hénoch. Aucun concile n’a prononcé d’interdit à son sujet. Aucune autorité n’a ordonné sa destruction. Ce qui s’est passé est à la fois plus banal et plus intéressant : au moment où les Églises d’Occident et d’Orient ont fixé la liste de leurs Écritures, elles ne l’y ont pas fait figurer. Il est resté en dehors, sans être frappé.

La nuance paraît mince. Elle ne l’est pas. Un livre écarté d’un canon continue d’exister, d’être copié, d’être cité. C’est précisément ce qui est arrivé.

Ce qui s’est réellement passé

Hénoch était lu. Les écrivains chrétiens des premiers siècles le connaissaient, et certains le tenaient en haute estime ; d’autres contestaient son autorité. Ce débat est attesté, et il s’est conclu, en Occident, par la non-inclusion.

Ensuite, quelque chose de plus mécanique a joué : on a cessé de le copier. À une époque où un texte ne survit qu’autant que des mains le recopient, cesser de le copier équivaut à le perdre. Le grec n’en a laissé que des fragments. Le latin, presque rien. Pendant plus de mille ans, l’Europe savante n’en a connu que le titre et la citation de l’épître de Jude.

Il n’a pas été détruit. Il a été abandonné.

Pendant ce temps, l’Éthiopie ne s’est jamais arrêtée

L’Église éthiopienne, elle, l’a retenu dans son canon et n’a jamais cessé de le recopier en guèze. C’est pour cette seule raison que le texte intégral existe aujourd’hui.

En 1773, l’explorateur écossais James Bruce rapporte d’Éthiopie des manuscrits guèzes du livre. En 1821, Richard Laurence en publie la première traduction anglaise, établie sur l’un de ces manuscrits. L’Occident redécouvre alors un texte qu’il croyait perdu — et qui n’avait jamais quitté les monastères du Tigré et du Gondar.

Au milieu du XXe siècle, les manuscrits de la mer Morte livrent des fragments araméens d’Hénoch, antérieurs à l’ère chrétienne. Ils établissent deux choses : que le texte est ancien, et que la transmission éthiopienne lui est, pour l’essentiel, fidèle.

Pourquoi la rumeur tient

Parce qu’elle est plus satisfaisante que la vérité. « Un livre interdit par l’Église » fait un meilleur récit que « un livre qu’on a cessé de recopier au VIe siècle ». Et parce que le contenu s’y prête : des anges qui descendent, des géants, des savoirs interdits enseignés aux hommes. Un texte qui parle de secrets révélés attire naturellement l’idée qu’on aurait voulu le cacher.

Il faut ajouter une chose, parce qu’elle est honnête : ceux qui affirment que l’Église a censuré Hénoch ne produisent jamais le document. Il n’existe pas.

Une double page du Livre d'Hénoch, dans l'édition imprimée

Un chrétien peut-il le lire ?

Oui, et la question se pose rarement dans les termes qu’on croit.

L’épître de Jude, qui est dans votre Bible quelle qu’elle soit, cite Hénoch comme une prophétie. Les Pères des premiers siècles le connaissaient et en débattaient. C’est un texte de la tradition juive et chrétienne ancienne, pas un écrit occulte, pas un grimoire.

Mais il faut savoir ce qu’on lit, et ce point mérite d’être dit clairement :

  • Pour l’Église éthiopienne orthodoxe tewahedo, Hénoch est Écriture sainte.
  • Pour les Églises catholique, protestantes, orthodoxes grecque et slave, il ne l’est pas.

Lire Hénoch ne transgresse rien. Le tenir pour Écriture quand votre Église ne le fait pas, c’est une autre question, et elle vous appartient. Si elle vous préoccupe, la personne à qui la poser est votre pasteur ou votre prêtre, pas un site de vente.

Ce qu’il faut retenir

Affirmation couranteCe qui est exact
« L’Église a interdit Hénoch »Aucun interdit n’existe. Il n’a pas été retenu dans certains canons.
« L’Église l’a détruit »Il a cessé d’être copié en Occident. Il n’a jamais cessé de l’être en Éthiopie.
« C’est un faux moderne »Qumrân a livré des fragments araméens antérieurs à l’ère chrétienne.
« Il n’est dans aucune Bible »Il est canonique dans la Bible de l’Église éthiopienne tewahedo.
« Le Nouveau Testament l’ignore »L’épître de Jude le cite nommément (Jude 14-15).

Pour savoir ce que le texte raconte, voir Le Livre d’Hénoch et les Veilleurs. Pour savoir où le lire en français, voir Où lire le Livre d’Hénoch en français ?


Les dix-neuf premiers chapitres sont disponibles en extrait gratuit — jugez sur pièce.

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