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La Bible Éthiopienne

Journal

Qui était Hénoch ?

Septième patriarche depuis Adam, Hénoch est le seul homme de la Genèse qui ne meurt pas : « Dieu le prit. » Quatre versets, et trois livres portent son nom.

Hénoch est le septième patriarche depuis Adam dans la Genèse, arrière-grand-père de Noé, et le seul homme du récit dont la Bible ne raconte pas la mort. Il vécut trois cent soixante-cinq ans, « marcha avec Dieu », puis disparut. Trois livres antiques portent son nom ; un seul est canonique, et seulement en Éthiopie.

Tout tient d’abord en quatre versets.

Ce que la Genèse en dit, et ce qu’elle ne dit pas

La généalogie du chapitre 5 est un mécanisme : untel vécut tant d’années, engendra untel, vécut encore tant d’années, et il mourut. La formule revient huit fois. Elle revient pour Adam, pour Seth, pour Énosch, pour Kénan, pour Mahalaleel, pour Jéred, pour Mathusalem, pour Lémec.

Elle ne revient pas pour Hénoch.

« Hénoch marcha avec Dieu ; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit. » — Genèse 5, 24

Deux anomalies dans ce seul verset. La première : « marcha avec Dieu », une expression que la Genèse n’emploie ensuite que pour Noé. La seconde : l’absence de mort. Le texte ne dit pas qu’il mourut, il dit que Dieu le prit — et il s’arrête là.

Sa durée de vie est elle aussi singulière. Trois cent soixante-cinq ans, quand son fils Mathusalem en vivra neuf cent soixante-neuf. Le nombre de jours de l’année solaire, pour un personnage à qui la tradition attribuera plus tard la connaissance du calendrier.

Un silence que personne n’a laissé en l’état

Quatre versets, une disparition sans explication, et un homme qui aurait vu ce que les vivants ne voient pas. Dans le judaïsme du Second Temple, cette lacune a été la matrice d’une littérature entière.

Si Hénoch n’est pas mort, il est quelque part. S’il est quelque part, il a vu. S’il a vu, il a pu écrire.

De là viennent les livres qui portent son nom, tous pseudépigraphes — c’est-à-dire attribués à une figure ancienne qui n’en est pas l’auteur réel, pratique courante et reconnue dans la littérature antique.

Trois livres, trois langues, trois destins

1 Hénoch, dit Hénoch éthiopien. Un recueil de cinq écrits d’époques différentes, cent cinq chapitres, conservé en entier dans la seule langue guèze. C’est celui que cite le Nouveau Testament, celui dont Qumrân a livré des fragments araméens antérieurs à l’ère chrétienne, et celui que l’Église éthiopienne tient pour Écriture.

2 Hénoch, dit Hénoch slavon. Conservé en vieux slave, d’une datation discutée. Il raconte l’ascension d’Hénoch à travers sept cieux.

3 Hénoch, dit Hénoch hébreu. Beaucoup plus tardif, issu de la mystique juive, où Hénoch devient l’ange Métatron.

Aucun des trois ne figure dans les bibles catholiques ou protestantes. Seul le premier est canonique quelque part dans le monde.

La couverture du Volume I, qui énumère les livres réunis dans l'édition

Le Nouveau Testament le cite nommément

C’est le fait le plus souvent ignoré, et le plus vérifiable. Une épître du Nouveau Testament — présente dans toutes les bibles du monde, y compris la vôtre — cite une prophétie d’Hénoch et la lui attribue explicitement :

« Et Énoch, le septième depuis Adam, prophétisa aussi à leur sujet, en disant : “Voici, le Seigneur est venu avec des myriades de ses saints, pour exercer un jugement contre tous…” » — Jude 14-15

Le passage cité se retrouve au chapitre premier de 1 Hénoch. L’auteur de Jude connaissait donc ce texte, le tenait pour digne d’être cité, et l’appelait prophétie.

L’épître aux Hébreux le mentionne également, parmi les figures de la foi : « C’est par la foi qu’Hénoch fut enlevé pour qu’il ne vît point la mort. » (Hébreux 11, 5).

Pourquoi lui

Parce qu’il est le seul candidat possible. Pour écrire ce qu’aucun vivant n’a vu — l’origine du mal, la révolte des anges, le jugement, l’ordre des astres — il faut un témoin qui ne soit ni tout à fait mort ni tout à fait vivant. La Genèse en fournit exactement un.

Le reste de l’histoire — ce que ce livre raconte, pourquoi l’Occident l’a perdu, et comment l’Éthiopie l’a gardé — fait l’objet d’articles séparés : Le Livre d’Hénoch et les Veilleurs et Le Livre d’Hénoch est-il interdit ?


Les dix-neuf premiers chapitres du Livre d’Hénoch sont disponibles en extrait gratuit, dans leur intégralité.

Couverture de La Bible Éthiopienne Complète

Ces textes sont réunis, en français, en trois volumes reliés.

88 livres : Ancien et Nouveau Testament, Hénoch intégral, les Jubilés, les Maccabées et les deutérocanoniques. En trois volumes imprimés de 2 082 pages (149 €, livraison comprise), ou en PDF + EPUB (9,99 €).